Hannelore Poncelet

La branche Daniel de ma famille est unitarienne depuis 1568. D’origine hongroise, le 10 janvier 1957 à la veille de mes treize ans, ma famille est arrivée au Canada en tant que réfugiée. Pour mes parents, c’était un troisième déplacement forcé. Leurs familles ont dû quitter leurs domiciles respectifs de Transylvanie (Roumanie) et de Slovénie lors de la répartition de la Hongrie en 1919. Ensuite, l’expropriation en 1948 par l’État, et finalement  la fuite lors des horreurs d’Octobre 1956.
 
J’ai grandi dans la capitale hongroise, Budapest, dans un appartement qu’on partageait avec des étrangers. Malgré tout, ma petite enfance était heureuse : l’école six jours par semaine, des cours de piano, de natation et de ballet, l’opéra, les concerts et le théâtre de marionnettes, les excursions dominicales avec nos parents dans les montagnes et le travail d’été sur les fermes. En Hongrie, il était illégal de fréquenter les églises. Beaucoup de religieux furent emprisonnés. Mon père, par son exemple, assurait notre accès aux valeurs et aux principes unitariens. Le 3 décembre 1956, mes parents décident de fuir la Hongrie. Dix jours plus tard, plusieurs ingénieurs furent exécutés par le régime. Mes deux parents étaient ingénieurs! 

Aux Chutes Niagara, nous étions soutenus par la Croix-Rouge et l’Armée du Salut. Pendant cinq ans, la discrimination à l’école, « Dirty DP’s, go home! » nous accompagnaient chaque jours. Pour me faciliter la vie, mes parents m’ont inscrite comme externe à Loretto Academy. Pour payer mes frais de scolarité, j’y travaillais les midis servant les pensionnaires espagnoles. Les matins, je livrais le quotidien Globe and Mail, en je gardais des enfants, coupais le gazon ou pelletais la neige du voisinage pour pouvoir acheter mes livres, mon uniforme et suppléer au revenu familial. En trouvant du travail comme journaliers dans les usines, mes parents ont réussi à repayer le gouvernement canadien pour notre passage de l’Europe. Nos parents exigeaient qu’on parle la langue du pays à la maison. Ils devaient se requalifier deux fois (anglais/français) pour reprendre leur carrière. Pendant mon adolescence, je participais au Youth Group unitarien de Niagara Falls, É.-U. La responsabilité et la persévérance devenaient mes valeurs de survie. Comme mes parents ne nous ont jamais transmis leurs inquiétudes, leurs peurs, ni leurs histoires personnelles, j’ai dû les découvrir à travers mes rencontres et mes études de l’histoire. Comme ma mère a toujours dit : « profite et souviens-toi des événements heureux; les malheurs, renvoie-les aux calendes grecques ».

En 1962, j’ai terminé mon secondaire et mes cours de musique (Royal Conservatory of Music  of Toronto) et j’ai suivi ma famille dans la Ville de Québec. En 1966, reçue bachelière en philosophie et en musique de l’Université Laval, c’est aux universités de Carleton et de Laval que j’ai poursuivi mes études à la maîtrise en sociologie. En 1968-1969, j’ai fait un terrain de recherche ethnographique avec mon futur époux, Léo Poncelet. Notre fille, Diane est née dans la Grenfell Mission Hospital à Harrington Harbour (lieu du tournage du film, La Grande Séduction). 

En 1971, nous avons décidé de poursuivre nos études graduées à l’université de l’Alberta. Avec mon nouveau diplôme en pédagogie, j’étais engagée en tant que spécialiste de musique et de sciences sociales dans une école francophone à Fahler (région de la Peace-River) pendant que Léo poursuivait ses études et enseignait au Collège St-Jean à Edmonton. Je dirigeais une chorale de jeunes et j’ai collaboré à la formation des Scouts francophones d’Alberta. Lors de la naissance de notre fils Daniel en 1976, j’ai perdu mon poste d’enseignante. 

Aussitôt, nous sommes revenus à Montréal, Léo acceptant une charge de cours à l’UQÀM. Depuis, nous nous sommes installés à Saint-Bruno-de-Montarville, près de mon travail, dans un milieu féerique avec sa montagne et ses parcs boisés. C’est ici que ma carrière en éducation s’est poursuivie pendant les prochains trente-deux ans : seize ans comme spécialiste en anglais et seize ans à la direction des écoles. Entre-temps, j’ai poursuivi une maîtrise en administration scolaire. Notre cadet, Charles, nous est arrivé en 1984. Le pasteur Charles Eddis officia la cérémonie de sa naissance, et depuis, je suis membre de l’UCM. 

Entre 1988-1991, empruntée par la CSP comme directrice d’école à Blanc-Sablon (deux pas de
Labrador), j’ai réalisé de beaux projets: voyage d’étudiants aux Nations-Unies à New York, 
scolarisation des décrocheurs avec le soutien orthopédagogique du Montreal Learning Center, agrandissement de la bibliothèque, etc.

Entre 1991-1997, l’UCM m’a engagée comme DRE. En 2004, le pasteur Raymond Drennan nous a recrutés dans le but de mettre sur pied une communauté unitarienne francophone : le MUUQ. Mon mari, Léo, a fondé la revue bisannuelle, Tribune Libre Unitarienne, à laquelle j’ai aussi contribué (www.uuqc.ca). 

J’ai pris ma retraite en 2008. Nous voyageons en renouant avec notre parenté éparpillée et nous participons à plusieurs congrès dans nos domaines respectifs. À ce moment, je suis en train de terminer la rédaction de ma thèse doctorale à l’université de Sherbrooke au Centre d’études du religieux contemporain. Depuis 2014, avec nos préoccupations familiales toujours grandissantes, nous avons réduit nos activités à l’église unitarienne. Notre plus grand plaisir est de se retrouver avec nos enfants et nos huit petits-fils. Par le temps que vous lisez ces lignes, la tribu Poncelet s’augmentera d’un neuvième petit-fils et d’une petite-fille.